Faire un mouillage : 7 points clés à prendre en compte

Apprendre à bien mouiller, c’est essentiel que l’on soit en Bretagne ou en méditerranée. Mouiller en langage marin, c’est jeter l’ancre, le frein à main du voilier. Nous avons identifier 7 facteurs clés à bien analyser pour faire un mouillage en toute sécurité.

  1. Hauteur d’eau maximale et minimale pendant la durée du mouillage

  2. Abris en fonction du vent (force et direction)

  3. Ressac en fonction des vagues et de la houle

  4. Facilité du débarquement (loisir ou avitaillement)

  5. Nature des fonds et espacement des lignes de sonde

  6. Qualité du mouillage (chaine et ancre)

  7. Zone d’évitement estimée des autres usagers

Après avoir évalué les 7 facteurs clés, nous pouvons définir où mouiller et combien de longueur de chaine mettre.

ancre posé sur un beau fond sableux
voilier au mouillage vue de dessous

Hauteur d’eau maximale et minimale pendant la durée du mouillage

Connaître la hauteur d’eau sous le voilier à marée haute, c’est fondamental. Pour cela, il faut faire un rapide calcul de marée.

Vent, vagues et houle

Écouter la météo de Météo France ou interpréter les cartes isobariques ne suffit pas. Il faut observer le mouillage par un tour de reconnaissance pour induire les effets de site en terme de vent et de vagues. Les vagues sont des ondes complexes qui rebondissent ou se déforment sur les obstacles qu’elles rencontrent. Le plus simple c’est de regarder pour se faire une idée. Généralement, dans les coins d’une crique, on est soit abrité soit chahuté.

Le débarquement on y pense avant de jeter l’ancre

Si on a besoin d’ajuster l’avitaillement ou qu’on prévoit de descendre à terre il ne faut pas être trop loin du point de débarquement. La réflexion est d’autant plus pertinente que l’annexe est sous-dimensionnée et nécessitera plusieurs aller-retours.

Nature des fonds et espacement des lignes de sonde

Il est impératif de mouiller sur des pentes lentes dans les zones volcaniques telles que les Iles Éoliennes. On peut jeter l’ancre à 10 mètre et à l’arrière du bateau il y a 40 mètre de fond. Il est fortement conseiller de mouiller de jour, faire un premier passage au sondeur et vérifier ensuite avec son masque. Quant aux fonds, le mieux, c’est de mouiller dans le sable ou les galets. On évite si possible des rochers dans lesquels peuvent se coincer l’ancre et les algues sur lesquelles l’ancre va se faire un plaisir de déraper.

Qualité de l’ancre et de la chaine

Il existe de nombreuses formes d’ancre dont l’efficacité est variable. Certaines ancres vont chercher à pénétrer dans l’élément sur lequel elle sont posées, d’autres vont se contenter de glisser si elles ne rencontrent pas d’obstacle.

L’ancre sans une chaine bien dimensionnée, c’est comme un voilier sans voile. Ca sert pas à grand chose… Plus le poids de chaque maillon est important, plus la chaine sera lourde et efficace. C’est bien l’ensemble de l’ancre et de la chaine posée au fond de l’eau qui permet de retenir le bateau.

La zone d’évitement

C’est la surface que peut parcourir un voilier au mouillage selon le vent ou et le courant. Tous les bateaux ne réagissent pas de la même manière. Ici le pied de pilote, c’est au moins une longueur de bateau !

bac à sable avec trois ancres

Quelle longueur de chaine?

En école de voile, on apprend généralement de mettre au moins 3 fois la hauteur d’eau en chaîne et plus si on est pas sur de nous ou si les conditions sont mauvaises. La longueur de la chaîne doit-elle réellement dépendre directement de la hauteur d’eau?

Si tout le monde jetait son mouillage en entier, ça serait vite le bazar dans les petits mouillages et les petites criques : les zones d’évitement seraient trop importantes et les fonds complètements abimés par les chaînes…

Pour faire simple, pour une pause déjeuner dans une crique bien abritée, ne jetez pas trop de chaîne. Dans un mouillage sur-peuplé comme ceux des Lavezzi au mois d’août, on met le minimum de chaîne pour permettre à tous d’en profiter. C’est ça aussi l’un des enseignements de la mer : le partage. Dans la plupart des cas, quelques mètres seulement suffisent.

schéma explicatif du mouillage en bateau

La chaine ne tombe pas à pic dans l’eau et il faut avoir suffisamment de chaine en contact avec le sol pour bien tenir. Selon la nature du sol et de la météo entre 1 et 10 mètres au sol font l’affaire. Il n’y a pas de formule exacte…

Longueur exacte pour faire un mouillage en sécurité?

Pour calculer exactement la longueur de chaine il faut calculer la longueur de la chaine que nous considérons requise au contact du sol en fonction de l’ancre, du diamètre de la chaîne, de la nature du sol, du courant et du vent. Ensuite, il faut estimer la longueur de la courbe formée par la chaîne en suspension. Cette longueur est comprise entre la somme de la hauteur d’eau et la longueur du bateau, et l’hypoténuse du triangle ainsi défini.

Pour un mouillage abrité, dans du sable, avec peu de vent (5 mètres de chaîne au fond de l’eau) un voilier de 10 mètres et une hauteur d’eau à 8 mètres :

longueur max = 5 + 8 + 10 = 23 mètres

longueur min = 5 + racine carrée (8×8 + 10×10) = 5 + 12,8 = 18 mètres

Attention, tout calcul ne dédouane pas d’une observation attentive de l’évolution du mouillage (gisement constant, l’évitement etc).

Ménage à trois pour bien mouiller?

Un ménage à trois, c’est mouiller avec deux ancres. C’est tentant. On peut penser qu’avec deux c’est mieux qu’avec une… Après plusieurs réflexions existentielles et essais sur le terrain, nous avons constaté que :

  1. Avec deux ancres, on s’emmêle souvent les pinceaux, et c’est galère à remonter

  2. S’il y a une baston d’annoncée, nous, on va au port pour être abrité au calme et en sécurité

Mouiller avec deux ancres a du sens pour stabiliser l’arrière du bateau dans une rivière ou dans une crique étroite où on ne peut éviter.
Dans les situations extrêmes, on peut accrocher l’ancre secondaire à la primaire l’une derrière l’autre, elles travaillent ainsi ensemble.

Comment mouiller sans guindeau, voiles affalées avec moteur

Prérequis de sécurité : avoir des chaussures fermées et des gants

  1. Préparer l’ancre au niveau du davier

  2. Sortir la longueur de chaine sur le pont en accordéon de 2m (lien vers tutoriel longueur de chaine)

  3. Enrouler la chaine restante autour d’un premier taquet, puis de l’autre (ne pas faire de nœud)

  4. Vérifier que la chaine puisse se dérouler sans encombre

  5. Se positionner à vitesse nulle à l’endroit où mouiller, face au vent

  6. Dérouler rapidement autant de chaine que la hauteur d’eau et stopper

  7. Dérouler progressivement le reste de la chaine au fur et à mesure que le bateau recule poussé par le vent ou une légère marche arrière

  8. Prendre un alignement sur le côté du bateau et vérifié qu’il n’a pas bougé après 10-15 minutes

  9. Garder un œil sur l’évitement du bateau et ceux des autres en particulier lors des bascules de vent ou de courant

Comment mouiller avec guindeau

Même procédure que précédemment sans l’étape 2. L’étape 3 est optionnelle selon les conditions météo.

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Trois précautions avant de jeter l’ancre pour bien faire son mouillage

  1. L’équipier a bien des chaussures de pont et des gants pour manipuler la chaîne

  2. Sans guindeau électrique, après avoir préparé sur le pont la longueur de chaîne, faire un tour autour d’un taquet puis autour de l’autre dans le même sens (pas de nœud)
  3. Si et seulement si on mouille dans les cailloux, on prépare un orin (longueur = hauteur à pleine mer)
schéma explicatif d'un mouillage avec orin

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